Pour qui créer l’interface ?
Quand on s’occupe d’une interface, on ne peut pas la dessiner pour tout le monde : il y a les goûts et les couleurs, mais surtout les besoins et les cas utilisateurs. Le consensus sans critique, en plus d’entrainer la mort de toute espoir de sortir du lot, finit surtout pas offrir une expérience molle car moyenne… pour tous. Il faut donc cibler.
Seulement comment savoir pour qui optimiser l’ergonomie ?
La réponse est simple : pour ceux qui payent.
J’entends par là que dans votre (supposée) masse d’utilisateurs, seul un petit nombre va au-delà des fonctionalités gratuites.
Ce petit nombre est celui qui a vraiment besoin de votre produit, c’est lui pour qui ses qualités ont de la valeur, le distingue de la concurrence et sont uniques. Si vous visez une niche, vous l’avez trouvé.
Considérations marketting évidentes mises à part, celà signifie que votre travail doit se concentrer sur les besoins de ces personnes, car ce sont elles qui seront fidèles et qui vont utiliser le plus le fruit de votre travail.
La bonne nouvelle donc, c’est qu’il suffit de commencer à faire payer quelque chose pour savoir vers quoi orienter vos efforts. La mauvaise, c’est qu’aussi bon ergonome que vous soyez, quels que soit les tests que vous ferez, votre design prendra toute sa valeur après rectifications suivant le retour de mise en production. Ne croyez pas pour autant que c’est une raison pour mettre en ligne un gruyère sous prétexte qu’on le corrigera plus tard. Mais en revanche, cela calme franchement les ardeurs des optimisateurs précoces.
Le deuxième effet kisscool c’est que vous allez vous apercevoir que les demandes de fonctionalité / correction de bug / [insérer ici une cause de nuit blanche] sont beaucoup plus faciles à prioriser. D’ailleurs souvent ce sont des utilisateus occasionels qui font les réclamations les plus coûteuses, et vous saurez maintenant qu’elles peuvent passer tout en bas de la pile. En revanche, en quelques heures, vous redonnerez parfois le sourire à un utilisateur assidu, et c’est la partie franchement sympa du boulot.
Maintenant votre mission, si vous l’acceptez, c’est de faire comprendre à votre client qu’il est dans son intérêt de vous rappeler 3-6 mois après le lancement pour passer une deuxième couche.
…
Et si notre produit n’a pas de fonctionalités payantes ? Et oui, il y a les intranets, les services publiques, les associations de bénévoles, les killer-apps sans modèle économique de start ups voués à la faillite et tout ce merveilleux écosystème qui sent bon le Web du XXIe siècle. Dans ce cas, la rentabilité n’est pas un facteur et vous devez seulement satisfaire les utilisateurs qui consomment le plus votre service (j’espère que vous n’avez pas de problème de financement…), alors un système de tracking du temps passé sur les pages et du nombre de visites sera votre meilleur indicateur.
Il ne reste qu’à étudier les résultats pour savoir qui se cache derrière vos fans. Leur demander directement est souvent une technique des plus efficaces. Si, si.